Abbey Road, Place Fontette — traversée des époques.
La Place Fontette et l'ancien Palais de Justice de Caen réinterprétés à travers le prisme de la pochette la plus célèbre de l'histoire du rock. Sept tableaux, deux siècles et demi : de la construction du Palais vers 1800 aux technologies de 2034. Un même passage piéton, quatre silhouettes qui se renouvellent à chaque génération — la légende traverse le temps comme elle traverse la rue.
Sept instants, deux siècles et demi. Le Palais de Justice traverse le temps comme un décor immuable pendant que les quatre figures se renouvellent à chaque génération — des bâtisseurs de 1800 aux pionniers de 2034. Chaque tirage est un manifeste : la pop culture n'est pas un accident de l'histoire, c'est son fil continu.
Tout commence par une idée simple : et si les quatre silhouettes les plus célèbres de l'histoire du rock traversaient un passage piéton caennais ? La Place Fontette, avec son ancien Palais de Justice et son atmosphère intemporelle, s'est imposée comme l'évidence. Un hommage à Abbey Road — sans jamais reproduire les visages originaux.
Puis une question a émergé, plus vertigineuse : pourquoi s'arrêter à 1969 ? Le Palais de Justice s'élève depuis 1783. Caen continuera d'exister après nous. La traversée pouvait devenir un manifeste — non pas un instantané figé mais un fil continu à travers le temps. L'idée de la série des époques est née.
La série se lit comme trois chapitres qui dialoguent entre eux. Chacun éclaire les autres par contraste ou par écho.
Les bâtisseurs du tournant du XIXe siècle ne le savent pas encore, mais ils construisent un futur décor iconique. Commencé en 1783, le Palais de Justice sort de terre pendant que la France vit sa Révolution et entre dans le Consulat. Ciel d'orage, chariots tirés par des chevaux, pavés en devenir. Ici, la traversée est littérale : celle des ouvriers, des architectes, des tailleurs de pierre. Le passage piéton n'existe pas, il n'y a que la boue. Caen se prépare sans le savoir.
Quatre versions du même instant. La DS Citroën en 69, les quatre silhouettes dans leur patine seventies, le grand angle qui embrasse tout, les voitures vintage alignées. C'est le cœur battant de la série — l'hommage direct à la pochette qui a défini une esthétique. Chaque variation propose une lecture du mythe : documentaire, contemplative, architecturale, nostalgique. Le même passage, quatre lumières, quatre vérités.
1999 : walkman à la ceinture, Motorola à rabat, Game Boy Color, appareil photo jaune — la technologie devient portable, les Beatles sont déjà légende. 2034 : tablette transparente, drone de poche, lunettes AR, hoverboard — le Palais de Justice se pare de LEDs turquoise. La pop culture ne meurt pas, elle mute. Elle garde son geste — traverser — et change ses outils.
Un décor traverse le temps. Des silhouettes le traversent. Tout passe. La légende reste.